La modernité en art

Introduction de la conférence « La modernité en art« 

Lorsque l’on parle de modernité en art, on pense souvent à une époque, à un style, ou à une succession de mouvements identifiés.
Mais la modernité n’est pas seulement une question de dates ou d’étiquettes.
Elle est avant tout une attitude : celle d’artistes qui, à un moment donné, ont refusé ce qui était considéré comme évident, acceptable ou établi.

Être moderne, ce n’est pas chercher la nouveauté pour la nouveauté.
C’est remettre en cause l’ordre existant, qu’il soit esthétique, social, culturel ou même moral.
L’histoire de l’art moderne est ainsi une histoire de réactions, de ruptures successives, parfois violentes, parfois subtiles, mais toujours conscientes.

L’exposition que nous vous présentons aujourd’hui s’inscrit dans cette idée simple :
la modernité n’est pas derrière nous, elle est un mouvement sans limite, qui transforme et renouvelle l’art. Elle se manifeste aujourd’hui notamment par de nouvelles pratiques mettant la technologie au service de l’art.

Les Impressionnistes : rompre avec l’art officiel

Au milieu du XIXᵉ siècle, l’art est dominé par des règles très strictes.
Les sujets sont hiérarchisés, la technique doit être invisible, la composition savante, le dessin impeccable.
L’art se juge dans les Salons officiels, sous le regard des académies. C’est le règne de ce que l’on a ironiquement appelé « l’art pompier » (pompeux, conformiste et théâtral)

Les Impressionnistes vont rompre avec cet ordre établi.
Ils peignent la vie quotidienne, les paysages ordinaires, les instants fugitifs, les loisirs, les cabarets, …
Ils travaillent en plein air, utilisent des touches visibles, privilégient la lumière et la sensation plutôt que la narration ou le sujet noble.

À l’époque, ces œuvres sont jugées inachevées, maladroites, parfois scandaleuses.
Pourtant, ce geste est fondamental : pour la première fois, des artistes revendiquent le droit de peindre le monde tel qu’ils le perçoivent, et non tel qu’on leur demande de le représenter.

La modernité commence ici : dans le refus des normes imposées.

L’Expressionnisme : exprimer plutôt que montrer

Quelques décennies plus tard, une nouvelle génération d’artistes, notamment en Allemagne, juge l’impressionnisme insuffisant.
Trop descriptif, trop lié à l’apparence du monde.

Les Expressionnistes vont plus loin :
ils ne cherchent plus à montrer ce qu’ils voient, mais ce qu’ils ressentent.
Les formes se déforment, les couleurs deviennent violentes, parfois agressives.
L’image n’est plus agréable, elle est chargée d’angoisse, de tension, de subjectivité.

Le monde n’est plus observé, il est traversé émotionnellement.
L’art devient un moyen d’exprimer l’inquiétude, la solitude, la peur ou la révolte face à une société en mutation rapide.

Ici encore, la modernité agit comme une réaction : contre l’objectivité, contre la simple perception, au profit de l’expérience intérieure

Dada : la modernité comme contestation radicale

Avec Dada, la rupture devient plus radicale encore.
Nous sommes au cœur de la Première Guerre mondiale.
Le monde s’est effondré, les valeurs bourgeoises et rationnelles ont conduit à une catastrophe sans précédent.

Dada ne cherche plus à embellir, ni même à exprimer :
il refuse le sens, se moque de l’art, provoque, choque, déconcerte.

L’œuvre peut être absurde, faite de hasard, de collages, de mots sans logique.
L’idée même d’art est remise en question.

Dada pose une question essentielle, toujours actuelle :
à quoi sert l’art dans un monde qui a perdu toute raison ?

Avec Dada, la modernité n’est plus seulement esthétique.
Elle devient politique, philosophique, critique.

Les surréalistes…

dont certains viennent du dadaïsme, essaient eux de traduire l’inconscient et les rêves, beaucoup du reste se réclame de Freud …

L’abstraction : se libérer de la représentation

Bien qu’issue de l’expressionnisme, via Wassily Kandinsky, une autre rupture majeure survient avec l’abstraction.
Pendant des siècles, l’art a été lié à la représentation du monde tel qu’on le voit ou le ressent ou le rêve.
Avec l’abstraction, ce lien disparaît.

La forme, la couleur, la ligne, la structure deviennent le sujet même de l’œuvre.
L’artiste ne représente plus quelque chose :
il construit un espace autonome, parfois spirituel, parfois rigoureux, parfois intuitif.

L’abstraction est souvent perçue comme difficile, voire hermétique.
Mais elle est avant tout un geste de liberté extrême :
celui de créer sans référence directe au réel.

C’est une modernité silencieuse, intérieure, mais profondément radicale.

Elle a pris au fil du temps des formes différentes, de l’expressionnisme abstrait de Pollock ou Rothko à la rigueur géométrique de Mondrian

Le Pop art en réaction à « l’intellectualisme » de l’expressionnisme abstrait

Faire de l’art avec les éléments de la vie courante : objets usuels et ménagers, publicité, billets de banque, etc ,,,

Le Street art, venu du graffiti

(Beaucoup des artistes de ce mouvement sont d’ancien graffeurs) utilise l’espace urbain pour dénoncer et provoquer (cf Banksy et Deaph) afin, un peu comme les Dadaïstes, de faire passer des messages philosophiques, politiques et critiques.

La modernité, processus sans limite et sans fin

Ce que ces mouvements ont en commun, ce n’est pas un style,
mais une dynamique de dépassement.

Chaque génération d’artistes se construit contre la précédente, contre ses règles, ses certitudes, ses limites.

La modernité n’est donc jamais figée.
Elle est un processus, une tension permanente entre héritage et remise en question.

Elle l’est d’autant moins que de nombreux artistes rompent avec les règles des différents mouvements artistiques pour suivre leur(s) propre(s) démarche(s) singulière(s) avec parfois leurs propres ruptures comme Picasso (de la période bleue au cubisme), Bacon ou encore Escher pour en citer certains présents dans cette exposition …

Aujourd’hui : nouvelles techniques, même question

Aujourd’hui, de nouvelles pratiques apparaissent.
L’intelligence artificielle, la promptographie, la sublimographie ouvrent des horizons inédits.

Ces outils interrogent à nouveau des questions anciennes :
Qu’est-ce qu’un artiste ?
Qu’est-ce qu’une œuvre originale ?
Quelle est la place de l’intention, du hasard, de la machine ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces pratiques ne rompent pas avec l’histoire de l’art.
Elles en prolongent la logique profonde.

Comme les Impressionnistes puis les expressionnistes, elles bousculent les règles.
Comme Dada, elles questionnent l’auteur et le sens.
Comme l’abstraction, elles déplacent le regard.

La modernité continue, simplement avec d’autres moyens.

Conclusion

La modernité n’est ni un style, ni une époque révolue.
Elle est une énergie, une capacité à questionner le monde, à refuser l’évidence, à inventer de nouveaux langages.

Cette exposition propose de regarder l’art non comme une succession de mouvements structurés avec leurs codes, mais comme une aventure humaine, faite de ruptures, de doutes et d’audaces.

Et peut-être est-ce là le rôle le plus profond de l’art moderne :
nous rappeler que rien n’est jamais définitivement acquis.